Associer massage et psychothérapie : quand le toucher et la parole se rencontrent
Pourquoi associer le massage et la psychothérapie dans un même espace d'accompagnement ?
Ce que les recherches neuroscientifiques nous disent, et ce que je propose dans ma pratique.

Il y a quelque chose que nos mots ne peuvent pas toujours traduire.
En tout cas, pas tout de suite.
Quelque chose qui se coince quelque part et qui se manifeste autrement :
des épaules contractées, un souffle court, une boule dans le ventre.
Ou cette sensation étrange d'être physiquement là… tout en étant émotionnellement loin de soi, loin du monde.
C'est une dimension de l'accompagnement qui m'intéresse particulièrement : ce qui se passe en nous au delà de ce que nous pouvons penser, comprendre ou raconter.
Ce que le corps exprime quand les mots ne suffisent pas
Le neuropsychologue et psychanalyste Allan Schore a consacré une grande partie de ses travaux à ce qu'il appelle la psychothérapie du cerveau droit.
Son approche invite notamment à porter attention à une dimension souvent moins visible de notre fonctionnement : les émotions, les sensations corporelles, l'attachement et tout ce qui se joue dans la relation, sans nécessairement passer par les mots.
Cela ne signifie pas qu'il existe un « cerveau des émotions » d'un côté et un « cerveau de la raison » de l'autre.
Notre fonctionnement psychique est bien plus complexe que cela.
Mais certaines expériences, notamment précoces ou traumatiques, peuvent laisser des traces qui ne sont pas toujours accessibles directement par la pensée et le langage.
On peut alors comprendre intellectuellement ce qui nous arrive, ce qui devrait non rassurer, et continuer malgré tout à ressentir quelque chose de très angoissant dans son corps, et que l'on ne comprend pas.
Savoir que l'on ne devrait plus avoir peur ne suffit pas nécessairement à faire disparaître la peur.
Savoir par la pensée que l'on est en sécurité ne signifie pas toujours que le corps se sente en sécurité pour autant.
Et c'est là que l'approche psychocorporelle prend tout son sens.
Parfois, avant que les mots puissent sortir, le corps a besoin d'être accueilli.
Le toucher comme autre langage
C'est dans cette perspective que j'intègre le massage dans ma pratique.
Pas comme un simple soin de confort, même s'il peut évidemment être cela aussi, mais comme une autre manière d'entrer en relation avec soi-même.
Un toucher respectueux, attentif et adapté peut favoriser le relâchement, permettre de retrouver des sensations corporelles agréables et contribuer à un sentiment de sécurité et d'apaisement.
Pour certaines personnes, c'est aussi une façon de renouer progressivement avec un corps devenu source de tension, d'inconfort ou parfois d'étrangeté.
Le corps n'est alors plus seulement quelque chose que l'on subit.
Il redevient un endroit que l'on peut habiter.
C'est particulièrement important lorsque des expériences difficiles ont modifié le rapport que l'on entretient avec son propre corps.
Quand le corps devient une porte d'entrée vers le travail psychique
Dans l'accompagnement des personnes ayant vécu des expériences difficiles ou traumatiques, le sentiment de sécurité occupe une place essentielle.
Avant de pouvoir aller regarder certaines choses douloureuses, il est souvent nécessaire de retrouver suffisamment de stabilité pour pouvoir les approcher sans être submergé.
La psychothérapie analytique, la psychotraumatologie et les TCC (thérapies cognitives et comportementales) constituent pour moi un cadre de compréhension et des outils précieux.
Le massage apporte une dimension différente.
Les mains ne remplacent pas les mots.
Elles peuvent parfois les précéder.
Ou leur succéder.
Elles peuvent accompagner un relâchement, une reconnexion aux sensations, une prise de conscience corporelle.
Et parfois, quelque chose qui n'était pas encore formulable commence alors à pouvoir être ressenti, puis progressivement pensé et mis en mots.
C'est cette circulation entre le corps, les émotions, la pensée et la relation qui permet l'apaisement et que je propose de travailler dans mon accompagnement.
Une pratique qui laisse une place à l'instant
Dans mon cabinet à Neuvic, en Haute-Corrèze, je ne travaille pas avec un protocole figé qui déterminerait à l'avance ce qui doit se passer.
Je travaille avec une personne.
Avec son histoire
Sa sensibilité
Son état du jour
Ce qui émerge pendant la séance.
Cela demande un cadre solide, une formation rigoureuse et une véritable attention à l'éthique et à la déontologie.
Mais cela demande aussi de savoir s'ajuster.
Parfois, les mots viennent facilement.
Parfois, ils ne viennent pas du tout.
Parfois, une séance commence par les mots et se poursuit par un massage.
Parfois, c'est le massage qui permet d'abord de retrouver suffisamment d'apaisement pour pouvoir ensuite parler.
Parfois, ces deux approches peuvent se rencontrer ensembles.
Il n'y a pas une bonne façon de commencer.
Il y a celle qui est juste pour vous, à ce moment-là.
L'improvisation thérapeutique
Ce que j'appelle, dans ma pratique, l'improvisation thérapeutique :
Pas l'improvisation au sens de « faite au hasard ».
Au contraire.
C'est la capacité du thérapeute à s'appuyer sur sa formation, son expérience, son observation et surtout son écoute pour ajuster sa présence et son intervention à ce qui se passe réellement dans la rencontre.
Parfois, il faut parler.
Parfois, ralentir.
Parfois, laisser un silence.
Parfois, revenir au corps.
Et souvent, ne rien chercher à provoquer.
Laisser la relation guider le soin plutôt que chercher à faire entrer la personne dans un protocole.
C'est probablement l'une des choses qui caractérisent le plus ma façon de travailler.
Parce que prendre soin dans mon accompagnement,
c'est être suffisamment présent pour rencontrer la personne là où elle se trouve réellement.
Et parfois, accepter de commencer simplement par là.
Écouter.
Le corps.
Les mots.
Et ce qui existe entre les deux.




Commentaires