Le siège éjectable : quand la mémoire traumatique prend le contrôle

Hier, quelqu’un a appuyé sur le siège éjectable
Et j’ai volé dans les airs…
Vous connaissez, vous aussi, cette sensation d’être propulsé dans le néant, d’un coup, sans aucun signal en amont ?
Et le pire, c’est que lorsque vous commencez à vous en rendre compte, vous êtes déjà en lévitation totale.
Vous sentez l’accélération.
Vous ne pouvez rien y faire.
Trop tard.
"Je vais mourir. Au secours !!!"
Mais personne autour.
Condamné à voler comme vous pouvez dans les airs, à anticiper la chute inévitable et le choc du sol sur lequel vous allez vous écraser...
À nouveau.
Parce que vous l’avez déjà vécu.
Vous vous étiez pourtant dit : "Plus jamais ça !"
Mais là, c’est trop tard ...
Le bouton du siège éjectable a été activé.
Sans votre autorisation.
Je veux dire : sans votre autorisation consciente.
Parce que consciemment, ce bouton, c’est :
PAS TOUCHE.
Jamais de la vie.
Interdiction absolue.
Et pourtant…
Paf.
Sans prévenir, un truc a appuyé dessus.
À l’insu de votre plein gré.
Colère.
Peur.
Effroi.
Pétrification.
Glaciation émotionnelle.
Tout noir. Tout rouge.
Mode survie 5/5.
Rien à envier aux commandos.
Ce truc qui a appuyé sur le bouton… c’est vous.
Enfin… une partie de vous que vous ne contrôlez pas consciemment.
Votre système nerveux autonome.
Votre inconscient, si vous n’êtes pas fâché avec ce mot.
En psychotraumatologie, on parle de déclencheur, ou de trigger.
C’est un élément qui peut sembler totalement banal aujourd’hui :
une odeur, une phrase, un regard, un son, une couleur, une sensation corporelle, une situation, un lieu, une manière d’être regardé ou touché…
Parfois, une toute petite chose.
Vous ne faites pas forcément le lien.
Mais votre système nerveux, lui, le fait.
Et il ne se demande pas tranquillement :
« Tiens, cette situation ressemble un peu à quelque chose que j’ai vécu autrefois. Est-ce vraiment dangereux ? »
Non.
Il réagit.
Parce que pour lui, à cet instant précis, le danger est réel.
La mémoire traumatique vient de se réactiver.
Et lorsqu’elle s’active, il n’est pas forcément possible de prendre du recul, de raisonner ou de se dire :
« Mais enfin, il ne se passe rien ! »
Justement.
Sur le moment, on n’est plus dans cette capacité-là.
On peut être profondément convaincu que le danger est là.
Que quelque chose de terrible est en train de se re.produire.
Même lorsque, vu de l’extérieur, la situation semble complètement différente.
Et c’est précisément ce qui rend les réactions traumatiques si déroutantes, pour la personne elle-même comme pour son entourage.
Et c’est quoi exactement, cette mémoire traumatique ?
Imaginez un truc coincé en travers de la gorge.
Un gros bobo, ou autre, je laisse votre imagination bosser un peu.
Quelque chose de tellement intense que, lorsque c’est arrivé, votre cerveau a été totalement dépassé.
Il n’a pas réussi à intégrer, comprendre, digérer ce qui se passait.
Une partie de l’expérience est alors restée comme en suspens.
Comme figée dans le temps.
Parce que ça faisait trop mal.
Parce que c’était trop flippant.
Parce qu’on n’avait pas les ressources nécessaires pour faire autrement.
Parce qu’il fallait survivre.
Et il y a mille raisons, parfaitement légitimes, pour lesquelles notre psychisme peut mettre certaines choses à distance.
"PAS TOUCHE !!!" hurle t'il dès qu'on s'approche.
Alors on range.
On met à la poubelle.
Définitivement.
On croit.
Sauf que la poubelle…
elle est à l’intérieur de nous.
Et le truc, le gros bobo, ne s’est pas vraiment décomposé.
Il ne bouge plus trop.
Il n’est pas forcément très bruyant.
Enfin… pas toujours.
Parce que parfois, il hurle tous les jours.
Il fait mal.
Mais on a appris à bien le tenir.
À bien l’étouffer.
Avec beaucoup d’abnégation.
Et au prix d’une énergie considérable.
On développe des stratégies.
On évite certaines situations.
On contrôle.
On anticipe.
On se coupe parfois de ses émotions ou de son corps.
On fait comme si.
Et souvent…
on finit même par oublier.
Jusqu’au jour où… paf !!!
Une microfuite.
Le truc se rappelle à vous.
Et parfois, avec lui reviennent la même douleur, la même peur, la même angoisse que lors de l’événement initial.
C’est comme si vous aviez colmaté une brèche comme vous pouviez.
Tout semblait tenir.
Et puis une toute petite fuite apparaît.
Sauf que votre système nerveux ne voit pas une petite fuite.
Il voit :
un TSUNAMI !
Là.
Maintenant.
Tout de suite.
À signal de survie…
réponse de survie.
Déclenchement du siège éjectable.
Envol dans les airs.
Et parfois, cette impression terrible de revivre quelque chose qui appartient pourtant au passé.
Alors, on fait quoi avec ça ?
C’est notamment là que la psychotraumatologie peut aider.
Et non, il ne s’agit pas simplement de se dire :
« Allez, détends-toi, ce n’est plus dangereux. »
Parce que si c’était aussi simple, vous l’auriez probablement déjà fait.
Quand le siège éjectable est déclenché, on ne demande pas au pilote de réfléchir calmement pendant que l’avion n'a plus de pilote.
On s'y prend autrement :
Par le corps.
Par les sensations.
Par la sécurité.
Par la compréhension de ce qui se passe.
Progressivement, le travail thérapeutique peut permettre d'apprendre à repérer les déclencheurs, à reconnaître les réactions du système nerveux, à comprendre ce qui se passe lorsque la mémoire traumatique s'active.
Puis, lorsque la personne est suffisamment en sécurité, à différencier peu à peu ce qui appartient au passé de ce qui se passe aujourd’hui.
Pas en forçant.
Pas en allant chercher le traumatisme à toute vitesse.
Mais tout doucement.
Au rythme auquel la personne peut réellement avancer.
On parle au corps.
On parle à la tête.
On reconnecte progressivement les émotions, les sensations, les pensées et l’histoire de ce qui a été vécu.
Et petit à petit, quelque chose peut changer.
Ce qui était vécu comme un danger immédiat peut progressivement retrouver sa place dans le passé.
Le souvenir peut redevenir…
un souvenir.
Et non plus quelque chose qui vous arrive encore.
Et c’est là que quelque chose devient possible
On apprend à reconnaître ce qui nous rapproche du fameux bouton rouge.
À comprendre nos réactions.
À retrouver progressivement des ressources.
À ne plus consacrer toute notre énergie à éteindre des feux potentiels ou rallumés.
Parce que cette énergie, on peut aussi commencer à l'utiliser pour autre chose.
Pour soi.
Pour ses relations.
Pour ses projets.
Pour le quotidien.
Pour vivre.
Vraiment.
Enfin.
Si vous vous êtes reconnu.e dans cette histoire de siège éjectable, sachez que vous n'avez pas besoin d'avoir toutes les réponses avant de demander de l'aide.
La psychothérapie et l'accompagnement du psychotraumatisme peuvent permettre de mieux comprendre ce qui se passe, de retrouver progressivement de la sécurité et d'avancer sans avoir à tout affronter d'un seul coup.
Je reçois à Neuvic, en Haute-Corrèze, et également en visioconférence dans toute la France.




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